Les troubles de la concentration

Un point de vue neurophysiologique sur les troubles de l’attention et l’hyperactivité [1]

Adrien n’arrive pas à se tenir tranquille sur sa chaise à l’école. Il bouge sans cesse ses jambes, se lève à tout moment en prenant prétexte d’un rien pour se déplacer. Tout est bon pour le sortir de son travail : une mouche qui vole dans la classe, la vue d’un objet sur son bureau ou celui de son voisin. Le soir, il rentre de l’école fatigué. Il n’est pas rare qu’il ait oublié un cahier, ou de noter ses devoirs. Il se met au travail très difficilement, quand il ne refuse pas tout simplement de faire ses devoirs.

Adrien a 9 ans, et comme beaucoup d’autres enfants, il souffre d’un déficit et de troubles de l’attention. Ce n’est que depuis 1980 que l’on désigne ainsi les symptômes que présente Adrien.

les troubles de concentration en classe chez l'enfantAuparavant, on parlait « d’enfant agité » ou « d’hyper kinésie ». En 1987, on a ajouté à la désignation de ces symptômes le terme d’hyperactivité. Il a été établi que 80 % des enfants ayant d’importants problèmes de concentration en classe sont « hyper actifs » à des degrés divers : cela va de l’enfant qui bouge sans cesse sur sa chaise à l’école à celui dont l’agitation motrice et mentale perturbe toutes les activités. Parents et enseignants se sentent impuissants à aider ces enfants, qui sont la plupart du temps, et par voie de conséquence, en grande difficulté à l’école.

Ces comportements ont pourtant leur raison d’être. Pour comprendre ce que ces enfants nous disent, il est nécessaire d’avoir à l’esprit quelques éléments simples de la connaissance du système nerveux.

La désignation des symptômes comme déficit "attentionnel" n’est pas tout à fait appropriée.
Ces enfants semblent incapables de soutenir leur attention, mais en réalité ils sont trop attentifs, et à trop de stimuli en même temps. Ces enfants sont hypersensibles et leurs perceptions sont plus fortes que celles des autres enfants.

Ils sont en permanence assaillis par un flot d’informations visuelles et auditives qu’ils n’arrivent pas à traiter. Adrien l’exprime avec ses mots à lui ; lorsqu’on lui demande de se concentrer, il répond : « J’ai un tourbillon dans la tête ». A la fin de la journée, le cerveau de ces enfants est « surchargé ». Il n’est pas étonnant qu’ils ne puissent pas se mettre au travail.

Certains enfants arrivent à soutenir leur attention, mais c’est au prix d’un mouvement incessant.

L’enfant qui s’étire, se balance sur sa chaise, se met debout pour travailler, nous exprime de façon fonctionnelle quelque chose d’important. Il nous dit que les fonctions de son système vestibulaire [2] sont trop faibles pour lui permettre à la fois de se tenir tranquille sur sa chaise et de soutenir son attention visuelle et auditive. Il choisit instinctivement de bouger afin d’être attentif. En bougeant, il donne à son système déficient les stimulations et l’énergie nécessaires pour lui permettre d’être attentif à ce qu’on lui dit et à ce qu’il fait.

Un médicament est aujourd’hui couramment utilisé en France et aux Etats- Unis afin d’aider les enfants hyperactifs. Ce médicament est de la famille des stimulants. Il libère la sécrétion d’un neurotransmetteur, la Dopamine, dans les lobes frontaux du « cortex », où sont régulées l’attention et l’impulsivité. Il agit dans le cerveau de l’enfant comme une antenne qui permettrait de clarifier l’écoute d’une bande passante sur laquelle se bousculent une douzaine de stations radio. Ces enfants reçoivent par voie médicamenteuse les stimulations nécessaires pour soutenir leur attention et les dispenser de bouger.

On reconnait aujourd’hui que ce médicament n’est pas sans effets secondaires. La médication stimulante, par l’intermédiaire de la Dopamine , augmente dans le cerveau la vitesse de transmission des informations mais ne renforce pas le système nerveux lui-même.


[1] Article paru en février 2001 dans le magazine « la lettre des parents »

[2] Le système vestibulaire est situé dans l’oreille interne profonde, près des centres auditifs. Il renseigne sur l’équilibre corporel et la perception du corps dans l’espace. Etant donné sa relation prédominante avec les autres sens, sa déficience peut affecter la perception auditive et les mouvements des yeux mis en oeuvre dans la lecture..